8, 9 et 10 novembre 2022 Eurexpo LYON - France Salon Interprofessionnel du Froid et de ses Applications

Entretien avec Jérôme GOETZ, Président de la Commission Réglementation Sécurité Environnement, SNEFCCA

Le changement climatique et les impacts sur les installations frigorifiques.

2018, 2019, 2020, trois années de suite que les chiffres de consommation de fluides frigorigènes HFC en France font mieux que les impositions du phase down de la F-Gas. De quoi se réjouir. En effet l’objectif était une consommation maximale de 63% (en tonne équivalent CO2 de la période 2009-12) et la moyenne atteinte est de 43%, soit 20% de moins.

Les prochaines étapes connues sont 2022 avec la fin des installations de plus de 40kW avec des HFC de plus de 1500 de potentiel de réchauffement planétaire (PRP) et 2030 avec la fin des installations avec HFC de plus de 150 de PRP. A côté de cela, les factures d’électricité sont de plus en plus surveillées, par choix idéologique mais surtout par économie. On considère que le Froid représente dans nos pays industrialisés 15% de la facture énergétique globale, et cela fait plus de 15 ans que les frigoristes sélectionnent minutieusement leurs fluides, pris entre un indice d’impact sur l’effet de serre et un indice d’impact énergétique. Aujourd’hui, on parle davantage du TEWI (Total Equivalent Warming Impact) qui mesure l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement climatique :

  • le TEWI direct correspond à la perte dans l’atmosphère de gaz (fuite ou fin de vie)
  • le TEWI indirect correspond à la consommation énergétique de l’installation

Les installations sont donc :

  • Plus étanches avec des contrôles plus réguliers, les systèmes de mesure indirects qui se généralisent à toutes les installations y compris celles au CO2. Certainement grâce à une prise de conscience éconologique (néologisme d’économique et d’écologique).
  • Moins gourmandes en fluide avec des machines plus petites, plus puissantes, etc. Et comme évoqué précédemment, les installations contiennent également des fluides avec de moins en moins d’impact sur l’effet de serre (exemple : fluides synthétiques – HFO purs ou blend, fluides dits naturels, etc.)
  • Moins consommatrices d’énergie, notamment avec du matériel plus performant.

Côté installations de conditionnement d’air tertiaires et résidentielles, celles-ci sont certainement les plus à la traîne en la matière. Sans doute préoccupés davantage par l’efficacité énergétique (norme européenne d’écoconception ou ecodesign), les industriels n’ont pas encore totalement franchi le pas sur les fluides. Un nombre incroyable de climatisations et de pompes à chaleur au R32 (avec un fort PRP) se posent et se déposent tous les jours en dépit des règles évoquées précédemment. Ce développement ne contribue pas sainement à la transition tant souhaitée. Ainsi, un nouveau défi sera à relever pour demain : promouvoir les fluides naturels dans le tertiaire et résidentiel, à l’image de son développement dans le froid commercial ou industriel.

Notre secteur va assister dans les années qui viennent à une accélération de la transition pour les installations frigorifiques et climatiques vers les fluides à faible PRP. Les matériels se développent, les frigoristes se forment. Mais, il est en effet important de souligner que ces fluides présentent de nouveaux risques pour la sécurité des biens et des personnes, et qu’il va falloir un peu de temps à la profession pour se familiariser. Les règlementations évoluent doucement pour accompagner cette transition.

Il existe encore beaucoup de freins à l’utilisation de ces fluides, le Snefcca et d’autres organismes travaillent ensemble pour porter la bonne parole sur les pratiques à développer dans les entreprises. Souvent d’ailleurs c’est à l’intérieur des bâtiments que la règlementation est la plus contraignante. Il suffit donc de placer les unités en extérieur à l’air libre ou dans des salles des machines avec accès règlementé pour s’affranchir des contraintes.

C’est dans ce sens que le Snefcca et Qualiclimafroid ont fait le choix de promouvoir une certification et pourquoi pas demain une attestation sur le modèle de l’attestation de capacité. Cette dernière est une obligation qui a pour objectif de limiter les émissions des fluides frigorigènes et diffuser/promouvoir des bonnes pratiques. En revanche, cette obligation n’intègre pas les aspects « sécurité » que peuvent nécessiter les fluides frigorigènes inflammables, légèrement inflammables, toxiques ou avec des niveaux de pression élevés. Ainsi, l’idée de cette certification est de mettre en avant les entreprises vertueuses qui œuvrent dans ces domaines en créant un référentiel d’exigences minimales à la manipulation et l’usage de ces fluides dits alternatifs. L’objectif n’est pas d’ajouter une contrainte aux entreprises, mais de mettre en valeur celles qui font d’ores et déjà des efforts. En effet, la plupart d’entre elles forment déjà leur personnel, s’équipent d’outillages adaptés, et instaurent des protocoles spécifiques. Les chefs d’entreprise sont prêts à habiliter leur personnel comme ils le font déjà dans d‘autres domaines sécuritaires. Pour mémoire, tous ces fluides sont déjà encadrés par des règlementations à commencer par la norme harmonisée EN378 et les analyses de risque qui en découlent. Citons également le Guide M pour les groupes hermétiques en ERP, la mise à jour de l’article CH35 pour le conditionnement d’air en ERP, le DRPCE pour le Code du travail article R4227-52, l’obligation de formation du Code du travail R232-12-27, les textes ICPE et obligation de formation et déclaration des arrêtés du 19/11/2009 et 16/7/1997 pour l’NH3.

Tout cela ne pourra se faire sans les bras et les têtes des techniciens. Sujet récurrent dans une profession en tension. La transition écologique passera par une évolution des techniques, mais aussi par une évolution sociétale face aux métiers de la profession si peu connus et si peu valorisés dans l’inconscient collectif. Les questions au demeurant ne sont-elles pas plutôt : comment accélérer le niveau de formation, comment favoriser l’accès à la formation, comment proposer des formateurs, comment accompagner les entreprises, … plutôt que de leur imposer de nouvelles règles ?

Jérôme GOETZ, Président de la Commission Réglementation Sécurité Environnement, SNEFCCA